Marie-Anne est étudiante en psychologie à Paris. J’ai eu la chance de la rencontrer lors de mon premier projet visant à mettre en valeur des femmes aux parcours inspirants. Notre première rencontre m’avait beaucoup marquée et c’est tout naturellement que je lui ai demandé si elle voulait bien être la première contributrice à Women of the World.


J’ai décidé aujourd’hui d’écrire sur le sujet difficile qu’est le harcèlement scolaire. Il faut savoir qu’en 2017, j’ai choisi de participer au concours Miss France. Au delà des paillettes et de l’expérience incroyable, j’ai voulu devenir Miss Auvergne et représenter ainsi ma région au concours national pour une raison très profondément ancrée dans mon histoire de vie.

Entre mes 10 ans et mes 14 ans, j’ai subi à l’école ce que nombre d’élèves subissent également: le harcèlement scolaire. Même si ce dernier fut plutôt passif -autrement dit, je n’ai pas pris énormément de coups, mais on m’ignorait constamment-, il contribua largement à ce que je me fasse une idée de ma personne extrêmement négative. Au cours de cette période, j’étais persuadée que je ne méritais tout simplement pas l’amitié de mes camarades, l’amour de qui que ce soit. Ce sentiment de ne pas être à la hauteur m’a suivie pendant des années, et qu’on le veuille ou non, parfois, quand je dois faire face à un coup dur, il m’arrive encore d’avoir ces mêmes pensées parasites et infondées. La différence, c’est qu’aujourd’hui, je sais que, comme tout le monde, j’ai droit de prétendre au bonheur.

Lorsqu’on devient Miss, on est d’emblée médiatisée. Je voulais accéder à ce statut pour deux raisons: tout d’abord il s’agissait de prouver à mes anciens camarades de classe que j’avais réussi à faire quelque chose qu’ils seraient à jamais incapables d’exécuter. Cependant, il s’agissait surtout de me prouver, à moi, que je pouvais être qui je voulais, et que pour cela, je n’avais besoin de l’approbation de personne.

Il est évident que lorsqu’un public vous suit, vous pouvez parler, et surtout vous faire entendre. C’est pour cette raison que j’ai voulu dès le départ mettre le thème du harcèlement scolaire comme figure de proue de mon année de “règne”. J’avais un an devant moi, il fallait que ça compte! Je suis fière de ce que j’ai pu faire durant cette année là: j’ai participé à l’émission Ca commence aujourd’hui, sur France 2, où j’ai pu, selon le concept de l’émission, partager mon expérience, accompagnée d’autres invités. J’ai également pu aller dans les écoles, collèges, pour parler aux élèves, leur faire prendre conscience des choses.

A Aurillac, le jour de la Journée Internationale des Droits de la Femme, en 2018, j’ai été particulièrement bouleversée d’intervenir dans un collège où tout le monde avait entendu parler de cette jeune fille de 13 ans, d’un autre établissement, qui s’était donné la mort à cause du harcèlement scolaire, deux semaines plus tôt. Ma propre soeur a également dû surmonter le suicide d’une amie de primaire; elle avait 15 ans. Les deux filles se sont donné la mort par pendaison. Une autre jeune fille de 13 ans, dans ma petite ville, à Riom, s’est jetée du haut des escaliers de son collège et est décédée dans l’ambulance. Le harcèlement scolaire était également à l’origine de son acte désespéré.

C’est choquant, c’est au delà de ce qu’on peut accepter, mais ça arrive, et bien plus souvent que ce que l’on pourrait imaginer.

Pourquoi vous dis-je tout cela? Pour que vous puissiez comprendre que la lutte contre le harcèlement scolaire est vraiment une thématique sociétale dans laquelle je m’engage. Mais finalement, même si j’ai beaucoup souffert du harcèlement, ce n’est que très récemment que j’ai compris que j’y avais aussi participé.

Lorsque j’étais en 6ème et en 5ème, une fille de ma classe était encore moins populaire que moi auprès de nos camarades communs. Nous allons l’appeler Noémie.

Noémie adorait les chevaux, le faisait peut-être un peu trop savoir, elle avait des notes moyennes, ne s’habillait pas à la mode, et en plus de cela, elle était très timide et rigolait dès qu’on lui adressait la parole. Tout comme à moi, on lui avait attribué le surnom de SAF – Sans Amis Fixes. Et bien, alors même que j’étais harcelée durant ces années, je ne me gênais pas pour lui lancer des piques, lui dire des choses franchement méchantes, la critiquer ouvertement ou “derrière son dos”. Je lui faisais subir littéralement ce que je subissais.

Depuis quelques mois maintenant, je me creuse la mémoire pour retrouver son nom de famille, pour faire une recherche sur Facebook, et voir ce qu’elle est devenue. Car depuis que j’ai pris conscience que moi aussi, pour rentrer dans le moule, me protéger et détourner l’attention de ma personne, j’avais participé au harcèlement scolaire contre une pauvre fille qui n’avait rien demandé, je porte sur mes épaules le poids de la culpabilité.

La morale de l’histoire, c’est que le harcèlement scolaire est un fléau encore pire que ce que l’on nous dépeint et qu’il faut vraiment en faire prendre conscience aux enfants et adolescents. On peut être harcelé et harceleur. Et quand on est jeune, ce qu’on veut, c’est la reconnaissance sociale; on s’en fiche de savoir comment l’obtenir. Rabaisser les autres c’est encore ce qu’il y a de plus simple!

Si vous avez des enfants autour de vous, si vous travaillez auprès d’eux, s’il vous plaît, prenez soin d’eux et écoutez les vraiment. La charge qui pèse sur leurs épaules est lourde. Ce sont des personnalités en construction, et il faut préserver les adultes qu’ils deviendront.

Je vous remercie de m’avoir lue, je suis fière de vous avoir partagé cette expérience, et j’espère qu’elle accompagnera vos réflexions sur le sujet.

Marie-Anne, le 2 mai 2020

 

Vous pouvez suivre le blogue de Marie-Anne appelé L’Estudiantine et son compte instagram associé @lestudiantine.leblog.

Un commentaire sur “Marie-Anne – le harcèlement scolaire”

  • Je me disais bien que son nom me disait quelque chose… Pour une passionnée de pageantry comme moi notamment en ce qui concerne Miss France, j’ai fini par percuter qui elle était assez rapidement et je me souviens avoir été touchée par son parcours déjà parce que j’ai connu le harcèlement scolaire également en tant que autiste asperger (qui à mon époque dans la scolarité était mal connue j’étais juste la bizarre sans savoir pourquoi). J’espère qu’elle retrouvera la personne qu’elle a elle même harcelé, moi aussi parfois ça m’est arrivé de lancer des piques méchantes pour être dans le moule, je regrette aussi mais si Marie Anne me lit je pense que même si on culpabilise il ne faut pas être sévère avec nous même, j’ai été jeune, elle est encore jeune, et on voulait juste être normale. Maintenant je suis fière d’être comme je suis et de ne pas être comme « eux » même si l’autisme ne se soigne pas de toute façon je n’aurais jamais pu être « normale » comme ils disent.
    Dans un registre plus joyeux, j’aurais bien aimé la voir dans les 12 en dehors de son parcours qui me touchait je lui trouvais un visage fin et raffiné qui me faisait penser à certaines gravures de femmes nobles du début du 20 ème siècle, et avec sa taille élancée elle se démarquait. Bravo à elle pour son portrait avec toute mon empathie pour ce qu’elle a subit… Aline/Volcania59

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