Juliette est étudiante en psychologie à l’Université de Montréal. Féministe engagée et passionnée par son domaine d’études, elle a décidé aujourd’hui de parler des troubles du comportement alimentaire.


J’ai lu sur l’estime de soi, le harcèlement et la libération par rapport aux standards féminins parmi les portraits précédents. Dans cette continuité, je vais parler de mes ambitions et de mon parcours en tant qu’enfant, étudiante et femme qui cherche des réponses. Je m’appelle Juliette, je viens d’avoir 19 ans et j’étudie la psychologie à l’Université de Montréal. « Pourquoi la psychologie ? » m’a-t-on beaucoup demandé. « Je trouve le cerveau humain fascinant » ai-je répondu. Mais ce n’est qu’une part de la vérité.

Ce 20 Juillet 2020, cela fait exactement 8 ans que ma mère a quitté notre monde pour rejoindre le ciel. Un accident ou un suicide passif, on ne sait pas trop. Outre le deuil extrêmement difficile, la raison de son décès me pousse à continuer dans mes études aujourd’hui. Ma chère maman souffrait d’anorexie mentale depuis son adolescence, ainsi que de crises de boulimie. Je suis infiniment reconnaissante envers mon père, qui n’a jamais cessé d’aimer ma mère et de la soutenir, malgré la maladie qui la submergeait.

L’anorexie est définie comme une perte d’appétit, mais le trouble du comportement alimentaire qu’est l’anorexie mentale est tellement plus que cela. Souvent associée à d’autres troubles comme la dépression, elle est caractérisée par une volonté de s’affamer, une peur de grossir, conséquence d’une obsession de l’apparence physique, ainsi qu’un désir d’avoir du contrôle sur soi… Énormément de processus psychiques complexes sont impliqués.

Trop de personnes de mon entourage ont souffert de ce trouble, en particulier ma mère qui en est décédée. Depuis des années, je veux comprendre ce qui pousse les gens dans cette maladie, ce qu’en sont les origines, les causes, les procédés. Mais à mon grand dépourvu, l’anorexie mentale est encore très peu comprise par les psychiatres. C’est pour cela que j’ai décidé de chercher moi-même les réponses.

Depuis septembre 2019, j’étudie la psychologie pour comprendre cette espèce si complexe qu’est l’humain. Comment on pense, pourquoi on agit, ce qui nous motive, ce qui nous rend heureux.se ou triste, ce qui caractérise nos émotions et plus encore. Après mon bachelor en psychologie, je voudrais pouvoir continuer à apprendre sur les psychopathologies pour comprendre et, je l’espère, pouvoir traiter les troubles du comportement alimentaire.

Ce qui peut paraitre source de tristesse est surtout révoltant à mes yeux. Tant de facteurs aussi simples que les publicités et images que l’on voit sur internet peuvent pousser à un mal-être sur l’apparence, une faible estime de soi, une sorte de besoin de maigrir pour être « assez »… Beaucoup de choses peuvent, à force d’y être exposé.e, s’intégrer à la vision de soi. Le culte de la femme mince, l’idée que la maigreur équivaut la beauté et le bonheur, la culture du régime et autres, sont toxiques. C’est donc pour cela que c’est important de déconstruire la relation que l’on entretient avec son corps. Des thématiques comme l’estime de soi, la vision de soi et la confiance en soi, doivent être abordées plus souvent dans l’éducation des filles, ainsi que celle des garçons. C’est le changement que je veux faire.

Depuis quelques années, je m’engage dans un cadre plutôt personnel à promouvoir le mouvement « body-positive » et la bienveillance envers soi et son corps. J’ai souvent des discussions avec mes ami.e.s pour déconstruire la culture du régime et discuter de l’estime de soi.

En fait, à chaque fois que je repense à ce que ma mère vivait, à chaque fois que je lis le passage d’un livre qui mentionne la boulimie ou l’anorexie, à chaque fois que j’entends quelqu’un dire « il faut vraiment je maigrisse », je me promets que je n’arrêterai jamais de chercher les réponses ; pour trouver de la résolution concernant ma mère, probablement, et surtout pour, dans un futur proche, aider les victimes de troubles du comportement alimentaire et prévenir leur apparition chez tou.te.s.

À toi qui lis ceci et qui te sens mal dans ta peau, ne t’inquiète pas. C’est temporaire. Tu vas aller mieux. Parles-en avec les bonnes personnes. Tu en vaux la peine, et tu es magnifique en étant toi.

– Juliette, le 22 juillet 2020

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