Daphné est étudiante à Sciences Po Paris en politiques publiques et se spécialise en culture. Elle est passionnée d’arts en général et cultive plus particulièrement une passion pour les arts du spectacle vivant et le cinéma.


Changer de monde, changer le monde

Je m’appelle Daphné et, pour être honnête, je pense que c’est la première fois que je rédige un autoportrait. Non pas pour me vendre. Non pas pour paraître adaptée à un stage, à un emploi, ou à une formation. Non pas pour plaire à mon interlocuteur ou à mon interlocutrice. Non pas pour cocher des cases. Non pas pour convaincre aux autres ou à moi-même que je suis en accord avec les rôles sociaux qui semblent m’avoir été assignés avant même ma naissance. Mais simplement pour partager mon parcours, pour parler de ce qui me passionne véritablement, de ce qui m’anime au quotidien, et de ce à quoi j’aspire. C’est quelque chose qui devrait paraître naturel à chacun.e ; se présenter. Savoir dire Ça, c’est moi. Pourtant, j’ai l’impression d’être plongée au quotidien dans un monde où l’on s’engage dans un rapport superficiel à l’autre, où l’on attend que l’autre ne prenne pas de trop de place et reste bien rangé.e à sa place. Alors, pour la première fois, je me présente.

Je m’appelle Daphné. Ça, c’est moi. Jusqu’ici, tout va bien. Si je suis née à Paris et que j’y suis fraîchement arrivée pour mes études, je connais peu cette ville. J’ai grandi, lorsque j’étais plus jeune, entre deux univers, ou plutôt entre deux pays : le Canada et la France. En déménageant fréquemment de ma naissance à mes dix ans, je n’ai jamais vraiment connu de port d’attache. Je n’ai jamais vraiment connu de « chez moi », d’ami.e.s d’enfance vers lesquels me tourner, de maison natale à chérir. J’ai grandi, et je continue de vivre, dans cet entre-deux. J’aime cette instabilité même si elle est parfois déstabilisante parce qu’elle me différencie des autres ; des autres qui connaissent leurs racines mieux que leurs branches. Mais ces années ont été formatrices pour moi ; j’y ai appris à changer de monde, tout simplement. J’y ai appris qu’il était possible de changer, du jour au lendemain, tout son mode de vie. De s’adapter. D’évoluer.

Je tenais à commencer par cet élément-là de ma vie, parce que ça m’a donné un optimisme énorme face à la capacité de changement et d’adaptation de l’humain face à de nouvelles circonstances. Et de l’optimisme, on en a besoin, lorsqu’on est une femme, aujourd’hui. Car oui, vu qu’il s’agit dans ce portrait de me présenter, je pense qu’il faut avant tout dire que je suis une femme. On l’oublie, quand on se présente dans l’espace public, parce que ça peut paraître évident. Mais tant de choses, dans mon identité, découlent de ce simple fait : je suis une femme. Et parfois, bien sûr, c’est difficile d’être optimiste quant à notre place dans la société. C’est difficile, tout comme il est difficile de constater que nous sommes moins payées que nos homologue masculins. Difficile de voir les violences sexuelles subies quotidiennement par nos sœurs. Difficile de les subir soi-même. Difficile d’être sans cesse minimisées du simple fait de notre condition de femme. Difficile de devoir nous faire raccompagner chez soi par un homme les soirs de sortie de peur de nous faire agresser. Difficile d’avoir peur dans l’espace public lorsqu’il se met à faire sombre, ou même en plein jour. Difficile de voir toutes ces œuvres de fiction romantiser les violences sexistes et sexuelles. Difficile de recevoir ces réflexions, de la part d’hommes comme de femmes, qui nous disent que nous sommes trop radicales lorsque nous portons notre voix contre ces injustices. Difficile de compter nos mortes, victimes de féminicides. Difficile, pour ne pas dire intolérable, de vivre ces injustices ou d’en témoigner chaque jour. C’est tout autant difficile d’écrire cette liste. Elle est longue. Et elle est malheureusement loin d’être exhaustive. Pourtant, je suis et je demeure optimiste. Car je sais qu’il existe des solutions pour déconstruire cet ordre patriarcal et pour aboutir à une société plus égalitaire. Je viens de lister rapidement quelques exemples des fléaux qui nous concernent aujourd’hui : mais à chacune de ces injustices, des solutions existent. Procéder à l’établissement d’une politique publique d’égalité salariale en renforçant les obligations faites aux entreprises. Construire des programmes d’éducation sexuelle sensibilisant les jeunes à la thématique du consentement. Éduquer au sujet de l’égalité femmes-hommes dans les écoles. Soutenir la création et la diffusion d’œuvres de fiction féministes et/ou produites par des femmes. Développer les programmes de lutte contre les violences sexuelles et sexistes, et financer les maisons d’accueil pour les femmes en danger. Former les forces de police à la prise en charge de victimes de violences sexistes et sexuelles. Des solutions existent, et nous devons nous en emparer. Nous devons les proposer. Nous devons agir collectivement et se faire entendre pour faire bouger ce statut quo.

C’est pourquoi je suis étudiante à Sciences Po. J’espère, en me spécialisant dans les politiques publiques, œuvrer à l’accomplissement de ces changements. Je souhaite travailler dans les politiques culturelles car je pense que la culture peut-être un vecteur extrêmement puissant dans le changement de la société. Je pense que les salles de cinéma, que les couloirs d’un théâtre, que les halls d’une bibliothèque, peuvent être des lieux du vivre-ensemble et surtout de l’apprentissage d’une société plus égalitaire, plus cohésive, plus empathique, et plus libre. Je sais pertinemment que je n’y arriverai pas seule, mais la vague actuelle me donne de l’espoir. J’ai de l’espoir quand je vois les collages de ces groupes de militantes fleurir dans toutes les villes de France, qui visibilisent les violences sexistes et sexuelles dans l’espace public et qui me montrent que je ne suis pas seule. J’ai de l’espoir quand j’entends la députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez dénoncer à la tribune de la chambre des représentants américaine la culture de la misogynie qui normalise l’irrespect adressé aux femmes lorsqu’elles accèdent aux positions de pouvoir.

J’ai, dans mon enfance, appris à changer de monde, en me confrontant à lui, en m’adaptant. Je crois que de la même manière, nous sommes collectivement capables de réussir à changer l’ordre existant puis à changer le monde, tout simplement. Nous sommes à la hauteur de tous ces défis. Ils sont nombreux. J’ai parlé de la cause féministe, mais la lutte contre toutes les discriminations, quelles qu’elles soient, devrait être notre fil conducteur collectif. Nous ne pourrons pas construire un futur souhaitable en laissant ces inégalités se creuser ; le combat est devant nous, il nous attend. 

Le programme ? Changer le monde, peu à peu, pas à pas, ensemble. Ça, c’est moi.

 


 

Daphné, le 25 septembre 2020

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