Berta a 19 ans et elle vient d’Espagne. Elle est actuellement en année sabbatique pour participer à des travaux de bénévolat. Elle s’intéresse à l’activisme politique et rêve d’étudier en sciences politiques plus tard. Nous nous sommes rencontrés sur les réseaux sociaux par notre intérêt commun de plans d’année sabbatique, et nous avons beaucoup parlé d’égalité des genres.


Quand Liv m’a dit que je pouvais écrire un portrait pour ce projet admirable, j’ai tout d’abord pensé à partager l’expérience que j’ai vécue en me coupant les cheveux. J’ai cependant pensé à une autre idée de sujet féministe que j’aimerais beaucoup aborder : l’invisibilité du travail de mère, un emploi à temps plein qui se fait pourtant juger de manière irrationnelle et incessante. Ce sujet me tient particulièrement à cœur puisque j’ai grandi en voyant la pression constante que vivait ma mère.

Tout d’abord, je souhaite parler de l’invisibilité du travail qu’est d’être une mère, parce que nous vivons dans une société qui promeut et célèbre la productivité et l’accumulation d’argent. Cependant, cette même société ne valorise pas les efforts des mères. J’ai récemment lu le livre How to Suppress Women’s Writing de Joanna Russ. Son ouvrage révèle comment le rôle des mères à la maison a toujours été un obstacle à leur vie professionnelle et que ce conflit n’a jamais été pris en considération. Je voulais traiter de cet enjeu puisque c’est un facteur qui a affecté ma mère depuis mon enfance, et cela me met hors de moi.

Un bon nombre de personnes ne la perçoit pas comme étant une femme accomplie simplement en raison d’une carrière professionnelle inexistante, bien qu’à mes yeux, elle a toujours été le modèle à suivre en tant que femme et mère. Mon père est décédé quand ma sœur était âgée de quatre ans, et moi de sept. Bien que le reste de ma famille n’ait pas pu aider autant que souhaité en raison de la distance importante qui nous séparait, les résidents du village nous ont apporté beaucoup de soutien. Il demeurait néanmoins difficile pour elle de travailler tout en s’occupant de la maison par elle-même. En plus de tout cela, ma mère se devait de rester attentive à ce que le deuil que moi et ma sœur vivions soit le plus sain possible ; elle s’assurait d’être là pour ma sœur quand elle en avait besoin et me pourchassait pour me faire savoir que pleurer est tout à fait normal. Elle prenait soin de nous alors qu’elle vivait elle aussi le même deuil, la même douleur. Ce que j’essaie de dire avec cette histoire est que son extraordinaire carrière de mère ne sera jamais reconnue à sa juste valeur.

J’aimerais également parler de la facilité avec laquelle la société se permet de rendre la maternité invisible et de la critiquer. Tant de personnes critiquent la façon dont elles éduquent leurs enfants, mais la critique ne se répète pas toujours de manière équitable. Les pères se voient souvent épargnés de ces jugements puisque le rôle d’un père a toujours été considéré comme un emploi facultatif plutôt qu’une obligation. Cette situation est tout le contraire des mères, qui, elles, se voient imposer un standard impossible à atteindre. Les pères se voient félicités pour faire le strict minimum tandis que les mères se voient jugées, peu importe ce qu’elles font. Pour réellement illustrer ce concept, je souhaite citer un monologue que j’aime beaucoup, provenant de Laura Dern, dans son film « Une histoire de mariage » :

« On peut accepter l’idée d’un père imparfait. Soyons réalistes, l’idée du bon père n’a été inventée qu’il y a une trentaine d’années environ. Avant ça, c’était normal pour un père d’être silencieux, et absent, et très peu fiable, et égoïste. On peut toute dire qu’on veut qu’ils soient différents, mais d’une certaine façon on les accepte comme ils sont. On les aime parce qu’ils ont des failles, mais les gens n’acceptent sans aucune mesure ces mêmes failles chez les mères. On ne les accepte pas structurellement, on ne les accepte pas spirituellement parce que le socle de notre foutoir judéo-chrétien c’est Marie, mère de Jésus, et elle est parfaite. C’est une vierge qui met au monde, qui soutient indéfectiblement son enfant, elle porte son petit corps mort après qu’on l’aille tuer. Mais le père est absent, il n’a même pas eu à baiser. Dieu est au ciel. Dieu est le père, et le père a le droit de ne pas se pointer. »

Je souhaite commenter cette citation en particulier parce que j’ai toujours vu ma mère se faire critiquer sur la façon dont elle a élevé ses enfants. En dépit d’avoir vécu dans un environnement lui ayant apporté beaucoup de soutien, ma mère a reçu d’innombrables commentaires négatifs sur ses décisions en tant que mère, de la part d’étrangers et même de membres de la famille. Pourquoi lui accordes-tu ton attention au lieu de la laisser pleurer ? Pourquoi l’as-tu laissé là alors qu’il pleurait ? Pourquoi ne leur dis-tu pas d’arrêter de se comporter ainsi ? Une fois, ma mère est entrée dans le cabinet du dentiste parce qu’elle m’avait entendu crier quand il m’arrachait une dent. Le dentiste a alors dit à ma mère qu’elle était une mauvaise mère. À cette époque, je me rappelle avoir été agacée par cette remarque. Désormais, je comprends que ce n’était qu’un symptôme d’un problème systématique, et cela me rend encore plus en colère.

Je désire finir ce texte avec deux conclusions que je me dois d’exposer. La première est en fait une certaine pensée que Liv a partagée avec moi : les pays développés pourraient encore aujourd’hui s’instruire et s’améliorer sur beaucoup d’aspects de l’égalité des genres. L’invisibilité flagrante du travail des femmes en tant que mères de même que le jugement constant des autres en raison de standards inatteignables qui ne s’appliquent pourtant pas aux hommes démontrent clairement qu’il n’y a pas d’égalité des genres dans les pays occidentaux. Pour deuxième conclusion, je souhaite simplement dire que je suis très fière de ma mère de surmonter des embûches qui lui sont imposées chaque jour tout en m’inspirant et en m’encourageant à ne pas abandonner. 

– Berta, le 25 octobre 2020

 

Contenu traduit par Chanelle Lavoie.

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