Gemma est canadienne, mais elle a vécu la majorité de sa vie en France. Elle est une saxophoniste à sa deuxième année d’études à Guildhall School of Music and Drama à Londres. Elle souhaite que tout le monde, peu importe sa situation personnelle, puisse avoir la chance d’apprécier la musique et ce qu’elle peut offrir.


Bonjour, je m’appelle Gemma Gillies et je veux vous parler des préjugés qui entourent la poursuite d’une carrière en musique.

J’avais 17 ans lorsque j’ai décidé que je ne voulais plus poursuivre mes études après le lycée [1]. J’allais plutôt passer des auditions dans différentes écoles de musique pour étudier le saxophone. Mes parents m’ont beaucoup soutenue dès qu’ils étaient certains que je comprenais dans quoi je m’embarquais, car il y avait certains risques : difficultés financières, instabilité d’emploi ainsi qu’une compétitivité grandissante dans le domaine. Bien évidemment, mes professeurs de musique étaient ravis de voir que je poursuivais ma passion au-delà d’un simple passe-temps. Ils m’ont aidé à rédiger des lettres de candidature et m’ont écrit de très bonnes références. Cependant, ce choix d’études ne faisait pas l’unanimité auprès de mes professeures ; mon enseignante de mathématiques était particulièrement loin d’être emballée. J’étais douée en mathématiques et je viens d’une famille de physiciens. Alors, elle semblait présumer que le seul chemin pour moi était de suivre les traces de ma famille. Tout au long de ma dernière année de lycée, elle s’est moquée de mon choix, jusqu’au jour où j’ai obtenu mon diplôme et tout ce qu’elle m’a dit c’est qu’elle espérait me voir étudier les mathématiques un jour. Bien que je sois flattée qu’elle ait pensé que j’avais les connaissances nécessaires pour aller étudier les mathématiques, ses propos au cours de l’année ont fait en sorte qu’il était de moins en moins agréable de participer à ses cours.

Cette expérience au lycée n’était pas la première, et ne sera probablement pas la dernière fois que j’aurais à faire face au scepticisme sur la viabilité de faire carrière en musique. En effet, tout au long de la pandémie, il y a eu un manque de fonds que certains pays ont accordé aux arts et ce, même s’il s’agit d’un secteur qui rapporte des milliards à l’économie. Cela montre que les grands gouvernements ne se préoccupent pas de ce qu’il adviendra de ce domaine et des centaines de milliers de personnes qu’il emploie chaque année. Cette pandémie aurait dû montrer aux gens à quel point nous dépendons des arts : où serions-nous sans Spotify, Netflix, les livres et les films ? Comment aurions-nous fait pour passer au travers de deux confinements sans le réconfort que nous offrent les arts ? Ça aurait été bien plus difficile. On me dit que je suis trop rancunière et que je devrais simplement ignorer ceux qui me reprochent de suivre mes rêves, mais c’est quelque chose qui me tient trop à cœur pour que je le laisse passer.

À mes yeux, les musiciens font partie des gens les plus dévoués et les plus ingénieux au monde. Pour nous, il n’est plus seulement question d’être habiles avec nos instruments. Nous sommes soumis à une plus lourde pression, surtout en ce moment, pour apprendre à produire, composer, arranger et jouer plusieurs instruments à un niveau très élevé. On doit posséder plusieurs compétences pour réussir, et même là, il n’y a aucune garantie de stabilité.

Il se pourrait que je sois plus existentielle maintenant : je suis en train d’écrire mon premier EP sur la façon dont je suis arrivée à vivre avec moi-même et ma sexualité et ce processus m’a réellement sorti de ma zone de confort. J’ai choisi d’étudier la musique parce que je voulais que les gens ressentent ce que je ressens lorsque j’écoute de la musique ou lorsque je vais au théâtre. Je veux que tout le monde puisse connaître les montagnes russes d’émotions que je vis quand j’écoute mes pièces préférées. Selon moi, écrire de la musique pour ensuite la diffuser au grand public est l’une des choses les plus effrayantes au monde. C’est de se mettre à nu face au monde entier, complètement vulnérable, les laissant écouter et critiquer notre art. Et pourtant, ce sont ces gens qui sont assez courageux pour le faire, qui ne se cachent pas derrière un mur, qui peuvent atteindre et toucher les gens. Ce sont ceux qui maîtrisent le véritable pouvoir de la musique qui font ressentir des choses aux gens d’une façon dont ils n’auraient jamais cru pouvoir le faire avant. Si je peux accomplir une infime partie de ce qu’ils peuvent faire avec mon EP et mes travaux futurs, je serais comblée.

– Gemma, le 19 décembre 2020

 

[1] Postsecondaire au Québec

[2] Ecole secondaire au Québec

Contenu traduit par Emilie Marcotte.

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